Les protecteurs de l’eau de Standing Rock Le combat des Sioux Lakota contre le passage du pipe-line

Un groupe de Sioux Lakota, venant du Dakota, un Etat du nord des Etats-Unis passait par l’ULB le 27 mai dernier dans le cadre d’une tournée européenne pour présenter leur situation. Nous y avons été invités. Recension de cette rencontre...

Rachel Heaton, Nataanii Means, Wašté Win Young and Rafael Gonzales sont des activistes de Standing Rock, la réserve indienne où a été construit l’oléoduc Dakota Access après pourtant une suspension des travaux par Obama mais une remise en route et une finalisation du chantier voulue par Trump - une semaine après son investiture. Ce qui se passe là-bas est un témoignage supplémentaire de la violence dont sont capables les USA pour défendre leurs intérêts nous disent-il .

« We are not protesters, we are defenders. Nous défendons notre eau et les générations futures. Si nous avons perdu avec Dakota Access, il reste le projet Keystone XL un second oléoduc également remis en route par Trump ». Ils ne désespèrent pas cette fois de réussir. Pour les Protecteurs de l’eau, la meilleure manière d’empêcher la construction du second pipe line est de créer une campagne de désinvestissement de fonds auprès des banques qui investissent dans le secteur pétrolier. « Les banques contribuent au génocide de notre peuple », disent-ils.

Histoire du mouvement

Les tribus indiennes d’Amérique du Nord ont mené nombre d’occupations et de mouvements de résistance dans le passé. Par exemple, l’occupation de l’ancienne prison d’Alacatraz à San Francisco pour dénoncer le racisme. Il y a eu la lutte contre un parcours de golf sur un cimetière ancestral Mohawk dans les année 80. Il y a eu l’occupation de Wounded Knee (Dakota) pour signaler les conditions de vie déplorables de la réserve, là même où les Sioux emmenés par Big Foot furent massacrés en 1890 par les armées US et définitivement défaits http://www.humanite.fr/tribunes/de-wounded-knee-1890-wounded-knee-1973-515327. Ces mouvements là étaient violents.

Avec le mouvement de Standing Rock et la résistance contre l’oléoduc, les différentes communautés indiennes ont pu affirmer ou renouer avec leur héritage spirituel propre qui porte une grande conscience écologique – l’attachement à la Terre. Nous avons compris en outre qu’il y avait nombre de luttes. Cette occupation, à la différence des précédentes est non violente. Elle a également permis, selon Rafael Gonzalez, à de nombreux jeunes d’origine "amérindienne" de renouer avec leur héritage culturel ou même de se le réinventer, en particulier pour les jeunes qui, comme lui, ont grandi dans des centres urbains, en dehors des "réserves".

L’identité indienne comme facteur d’unification et de mobilisation qui semble encore puissant.

Il faut être conscient que les camps et réserves reposent sur des traités depuis 1851 et notamment celui qui lie le peuple Lakota à l’Etat du Dakota. Les séquelles de la colonisation sont encore vives dans la mémoire des familles de Standing Rock. « Nous, les indigènes, avons un droit constitutionnel à être sur ces terres. Or l’oléoduc est construit sur ce territoire sans aucune demande d’autorisation. Notre souveraineté est bafouée » nous disent-ils.
Tout ce que Energy Transfert Partners (ETP) construisait était une infraction aux droits constitutionnels. Ils ont détruit les vestiges de cimetières avec de nombreux dégâts à notre culture et à notre spiritualité. Ce n’est pas acceptable et Standing Rock nous a donné la chance d’avoir une voix. Cette lutte permet de nous faire entendre, enfin. Il faut savoir qu’aucun des traités signés avec l’Etat n’ont été respectés.

Ce combat nous permet de nous reconnecter avec notre histoire. Durant ces 7 mois de lutte, c’est comme si nous avions vu passé 500 années de colonisation. C’est comme si tout s’était réassemblé.
Ce mouvement permet de montrer à nos enfants ce lien avec notre passé, avec la nature : aujourd’hui, les enfants urbanisés ne connaissent pas les langues autochtones, leurs cultures... Nous avons vécu depuis plus de cent ans un mouvement d’assimilation – notamment avec des enfants placés dans des institutions ou des familles américaines blanches. C’est pourquoi il est primordial de montrer et faire vivre ces luttes à nos enfants et de montrer que l’on peut faire entendre notre voix...

Larmes

Rachel : " Ces sept derniers mois, j’ai eu l’impression d’avoir revécu en microcosme l’histoire de la colonisation de notre peuple. Vraiment comme si je l’avais vu et vécue de mon vivant. Alors, il faut se battre pour nos enfants. Qu’ils soient présents avec nous, afin qu’ils soient témoins de nos luttes, qu’ils soient conscients de l’espace social dans lequel ils grandissent et des luttes dont ils sont les héritiers.

On se bat pour la terre, une eau pure, pour un respect de nos ancêtres et pour les générations futures... Ces oléoducs, polluent nos eaux. Mais c’est toute la filière qui pollue, de l’extraction des schistes bitumineux avec le cracking avec l’eau sous pression et jusqu’au réchauffement climatique. Tous ces projets de carburant fossiles ne nous concernent pas seulement nous. Nous ne nous battons pas seulement pour nos peuples, mais pour toute l’humanité et tous les êtres vivants, puisque cela nous concerne tous."

Pourquoi cette résistance aussi puissante ?

Les connexions entre les personnes qui émergent maintenant est un peu inexplicables et extraordinaires… Le mouvement de Standing Rock regroupe 300 tribus. Tous ces mouvements sont un peu différents... Les choses bougent, les mouvements se croisent se connectent en tous sens, par exemple exemple avec les noirs aux USA (avec le mouvement "Black Lives Matter", par exemple), au Canada. Nous grandissons dans cette résistance. Il y a de nombreuses luttes interconnectées et en mouvement. Reçoivent-ils le support des mouvements écologistes également ? Je n’ai pas posé la question…

A Minneapolis, il y’a peu a été exposée une installation artistique de taille réelle d’une potence de lynchage qui a permis de lyncher 38 Lakotas... "Ils utilisent cet élément historique pour en faire une oeuvre d’art. C’est traumatisant. Ils l’ont fait sans consulter la tribu. Moi, je descends de la communauté de ceux qui ont été pendus. L’oppression est partout."

Il y a beaucoup de sorte d’oppressions différentes. « Mais la meilleure manière est de lutter est de montrer qu’elle est commune, même si nous sommes différents : on lutte contre l’impérialisme... Nous luttons contre le viol de nos terres et de notre Terre et je ne vois aucun mouvement qui pourrait nous diviser. »

Alors, pourquoi maintenant ?

Ce serait sans doute grâce aux médias sociaux : tous les gens du monde ont pu voir ce que faisait la police... « Les médias traditionnels ne disent pas la vérité, rétorque l’un d’eux. A Seattle on essaye de construire une prison pour jeunes qui va coûter cher, alors qu’il faudrait favoriser l’enseignement. Ce sont des luttes qui sont liées en ce qu’elles touchent les minorités. Nous sommes, nous les indiens, les 1 % des plus pauvres et les plus opprimés des USA. Qui s’intéressent à nous ? Alors, il a fallu que nous trouvions des manières de faire et que nous lions nos luttes : changement climatique, cancer, alimentation... En fait, les gens ne se sentent vraiment impliquer qu’à partir du moment où cela a commence à les toucher. Nous pensons aux générations à venir. »

L’élément déclencheur c’est que, initialement, l’oléoduc devait se situer à 12 miles au nord de Bismarck, une ville à majorité blanche. En cas de catastrophe, l’oléoduc pouvait être un danger pour les habitants de cette ville, du coup ils ont voulu déplacer l’oléoduc vers les réserves indiennes... « ces gens-là ne sont pas aussi importants que les blancs » inssite l’un d’eux, En avril-mai 2016, les réserves indiennes ont décidé de créer un camp de résistance emmené par les femmes et les jeunes. « D’août à novembre nous avons mené des stratégies pour arrêter la construction de l’oléoduc comme le blocage du chantier jusqu’en décembre ».

En décembre, les corps d’ingénieurs de l’armée devaient faire une étude d’impact à la demande d’Obama... Le chantier auquel il restait une vingtaine de kilomètres à construire a donc été stoppé.
Mais en janvier, le jour de son investiture, Trump approuve la remise en route du chantier. Les forces de l’ordre nous expulsent... Le 6 avril, on constate fuite de l’oléoduc : plus de 100 galons de pétrole ont fui... Le premier juin, ils vont rouvrir les vannes de l’oléoduc.

Le pipe line et les banques

On a identifié les banques qui financent cet oléoduc. 35 banques sont impliquées... (voir mazaskatalks.org). La ville de Seattle a investi 3 milliards de dollars sur ce projet d’oléoduc. On a proposé que la ville retire cet argent. Au début la ville de Seattle ne nous soutenait pas, car c’est aussi difficile de retirer les investissements. On a alerté l’opinion de diverses manières : il fallait que les gens sachent que ce sont les peuples indigènes que l’on bafoue... Mais aujourd’hui nous vivons une petite victoire avec Wells Fargo...

Dans cette affaire de pipelines/oléoducs, rien n’est transparent... Le pétrole exploité aux States est très sale. On a vu des liens avec des banques européennes. Elles non plus ne demandent pas le consentement des peuples indigènes, elles contribuent au racisme environnemental. Ceci dit, depuis l’affaire Wells Fargo, on commence à être très sollicité.

Les banques se foutent des droits de l’homme, etc. Le nom de notre organisation est l’argent parle ’money talks’ (mazaskatalks.org) le nom d’une plateforme créée pour rendre visible les investisseurs pétroliers). Aujourd’hui notre mouvement est animé par les indigènes...

Le choix de la voie pacifique

"Ce choix est parti d’un groupe qui a dit qu’il ne voulait pas de violence... Et puis il y a le Groupe des sages dans les communautés, ils ont dit de ne pas user de la violence. Les vétérans voulaient nous protéger... Mais en prenant les armes cela aurait donné un excuse à la police pour agir violemment contre nous. Ce serait suicidaire de reprendre les armes. Il est important qu’on soit forts dans nos prières, qu’on utilise les enseignements, les traditions qui nous ont été transmises par les anciens. Ce n’était pas une stratégie."

Pour Nataanii Means c’était difficile de respecter cet ordre, il voulait régulièrement répondre à la colère par la violence… Mais c’est la présence des enfants qui l’a principalement aidé à se contenir.

Les chef de tribu Crazy Horse et Sitting Bull disaient : « Les courageux doivent aller devant ». Les courageux se plantaient dans le sol en avant et faisaient la promesse de rester : c’est ainsi que l’on devenait courageux... "Et bien sur les mêmes terres de Standing Rock, nos amis Sioux ce sont dit cela aussi. « J’essaye de me dire que notre lutte n’était pas un échec, que toutes ces souffrances n’ont pas abouti à rien ! Certes nous avons perdu cette bataille, mais aujourd’hui nous voyons bien qu’un mouvement se met en place avec les autres luttes. Et puis, il y a d’autres camps qui se mettent en place dans d’autres réserves. Et c’st tout un mouvement qui se met en place."

Le désinvestissement des banques

Mathias Balcaen de Green Peace – "On a entamé différentes campagnes auprès des universités belges. Cesser l’usage de leur argent... Campagne auprès de la Stib : arrêter d’investir dans les carburants fossiles. On propose des campagnes tournées vers les banques : éliminer les projets d’oléoducs, gazoducs, etc. Arrêter de les financer dès à présent.

La raison pour laquelle j’ai commencé à m’intéresser au désinvestissement
me permet de m’adresser aux institutions locales. Il y a un réel lien : les université souvent ne savent pas où les banques investissent leur argent... Il a fallu établir les faits, ensuite il faut voir à quelle vitesse les universités peuvent désinvestir... On propose aux université de se lier à cette question.

Les protecteurs de l’eau - "Le boycott est un outil utile. En Israël on le voit... Vous pouvez voir sur notre site (Mazaska talks) les réseaux d’implication des banques – européennes aussi. L’eau chez nous est polluée. Les poissons meurent et puis elle est cancérigène. Le désinvestissement, ce n’est pas seulement les banques, c’est aux individus de prendre la décision consciente de faire quelque chose. Une partie de notre lutte est de rendre les gens conscients de tous ces enjeux.

Si vous voulez lancer une campagne locale contactez Mathias... "

Conclusions

"Nous faisons partie de cette terre... Notre peuple est enterré là bas, nos ancêtres. Les peuples indiens ont été colonisés depuis 500 ans nous sommes au front de la lutte. Les Lakota étaient affamés et on leur a dit « mangez de l’herbe », un peu comme le « qu’ils mangent de la brioche » de Marie Antoinette au peuple de paris affamé. Il y eut les camps de concentration du Minesotta...

Il nous faut reprendre les luttes. Standing Rock nous le fait comprendre. Mais, il y a énormément de luttes, celles avec lesquelles nous nous associons, les Black Panthers... Il y a une conséquence extraordinaire avec ces résistances. Avec les camps de résistance, les taux de suicide se sont effondrés... Nous devons continuer nos luttes de décolonisation. "

Recension par Dominique Nalpas et Louise Geerts

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