La phytoremédiation, c’est quoi ? Définitions, exemples

, par Michel Bastin

La phytoremédiation consiste en l’utilisation des végétaux afin de : filtrer les eaux, extraire du sol ou y stabiliser des éléments polluants, les « dégrader », les transformer en éléments moins toxiques.

Plus généralement, la phytoremédiation fait partie de la bioremédiation, qui fait appel aux potentiels des champignons et des microorganismes présents dans le sol et associés aux plantes. Du reste, nous le verrons, dans plus d’un cas, la plante, le végétal favorise en fait l’action de micro-organismes présentes dans son système racinaire.

Des centaines d’espèces de plantes présentent un potentiel en termes de phyto-remédiation. Nous en citons ici quelques exemples.

Encore une fois, ici, l’enquête nous amène à avoir un pied sur le sol et un pied dans l’eau...

Voir aussi panneau 5 de l’exposition La phytoremédiation et qualité de l’eau, une affaire citoyenne ?

La phytoremédiation : solution pertinente au carrefour entre la gestion qualitative et quantitative des eaux pluviales ?

La phytoremédiation est une solution basée sur la nature qui connaît un regain d’intérêt au sein de la communauté scientifique depuis une vingtaine d’années. Des expériences dans plusieurs pays donnent des résultats encourageants quant à la diminution de la teneur en métaux lourds, en hydrocarbures, en matières en suspension et autres polluants.

Notons cependant noter que la littérature scientifique semble s’intéresser davantage jusqu’à présent à l’assainissement des eaux usées. La prise en compte d’une éventuelle pollution des eaux de ruissellement est très récente.

Des recherches récentes commencent néanmoins à donner des résultats intéressants. Nous citons ci-dessous quelques exemples de végétaux dont les propriétés ont été ainsi mises en évidence.

Les processus de bioremédiation

Qui agissent sur les sols

La phytoextraction

Certaines plantes peuvent extraire du sol des substances toxiques. Si certaines espèces végétales les dédaignent, d’autres les absorbent en grande quantité. Bien entendu, ici, il convient de faucher régulièrement les plantes saturées en polluants, de les évacuer et de les incinérer.

Exemples de grandes « extractrices »

Le tabouret bleuâtre (noccæa cærulescens)

Cette petite plante de la famille des choux et de la moutarde est reconnue comme hyperaccumulatrice de cadmium. Elle fait l’objet de la recherche-action participative, CiDéSol.

La baldingère (phalaris arundinacæa)

Parente du roseau, elle accumule des métaux lourds dans ses tissus, elle présente l’avantage d’une croissance rapide.

La phytostabilisation

Ici, les plantes agissent de manière à fixer certaines substances, en quelque sorte à les « emprisonner » dans le sol, diminuant leur « biodisponibilité ». L’accumulation dans les racines ou encore l’immobilisation dans la rhizosphère empêchent les polluants d’être lessivés en profondeur ou érodés en surface.

Un exemple : le roseau commun (phragmites australis)

contribue à la stabilisation de certaines substances en plus de posséder un pouvoir d’extraction. On voit qu’une même plante peut agir simultanément par différents mécanismes d’action.

La rhizodégradation

Ce mécanisme est fondé sur une « coopération » entre une plante et des bactéries et champignons qui trouvent asile dans leurs racines (la rhizosphère).

Un exemple : l’Iris jaune (Iris pseudacorus) augmente de l’activité de micro-organismes, bactéries et champignons, qui à leur tour dissolvent certaines molécules lourdes (hydrocarbures).

La Phytostimulation et la phytovolatilisation

Par la phytostimulation, les végétaux stimulent la vie microbienne du sol qui, in fine, voit son activité de dégradation des polluants accélérée. Voir ci.

Dans le cas de la phytovolatilisation, le contaminant est absorbé par les racines puis relâché (sous sa forme initiale ou transformée) dans l’atmosphère par les feuilles grâce à l’évapotranspiration.

Plus d’un-e auteur-e estime que cette technique, d’une certaine manière, déplace le problème.

Qui agissent sur les eaux

Ces processus-ci traitent directement les pollutions contenues dans les eaux (du réseau hydrographique, des pièces d’eau diverses) tout en faisant appel aux propriétés des sols où les plantes concernées s’enracinent.....

Le lagunage

 
consiste à filtrer les eaux grâce e.a. aux plantes pour les nettoyer des diverses substances (phosphates, nitrates).

La rhizofiltration

La rhizofiltration se réfère à la capacité des racines de certaines plantes à absorber, concentrer et précipiter les métaux toxiques qui pourraient contaminer les eaux souterraines. Voir ici : https://www.hawaii.edu/abrp/Technologies/rhizofi.html.

Les massettes (typha sp.) sont une de nombreuses plantes des zones humides qui peuvent contribuer à une dépollution des eaux.

Exemple : les massettes (typha sp.
Une de nombreuses plantes des zones humides qui peuvent contribuer à une dépollution des eaux.

Quelques avantages de la phytoremédiation

  • Des centaines d’espèces (450 à 800 selon les auteurs) dépolluantes ont été identifiées.
  • Les coûts d’installation et d’entretien de dispositifs y recourant de 10 à 100 fois inférieurs à ceux des méthodes classiques.
  • Ce sont des solutions moins dommageables pour l’environnement
  • Elles contribuent à la qualité du paysage, à la restauration ou au renforcement de la biodiversité, ou encore, selon les cas, participent de fonctions récréatives ou productrices.

Quelques désavantages de la phytoremédiation

Elle s’opère sur des temps longs : le traitement dure plusieurs années.
Les plantes ne peuvent agir plus profondément que leur enracinement.
Il reste beaucoup d’incertitudes.

Mais les recherches continuent

(A suivre)