Réduire les inondations en ouvrant un imaginaire paysager intégrant l’eau de pluie par la cartographie collaborative. Chronique #3 de la rue Gray (vallée du Maelbeek)

Le 26 octobre 2024 les EGEB et Arkipel ont organisé avec le soutien du projet Fairville un atelier de cartographie collaborative sur les pentes de la vallée du Maelbeek aux alentours de la rue Gray. Des étudiants en master GEDELO sont également venus apporter leur contribution à cet exercice qu’ils ont enrichi de leur présence et observations.

L’idée d’agir sur les pentes de la vallée pour réduire les inondations dans la rue Gray (et rues voisines) trouve plusieurs explications [1] : le fait que le bassin tampon de la place Flagey(anciennement dit bassin dorage) ne soit pas calibré pour les toutes grosses pluies, que le sol s’imperméabilise toujours plus, que le dérèglement climatique nous amène des pluies toujours plus importantes, mais aussi le fait que les pluies venant des pentes de la rue Gray ne sont pas tamponnées (voir illustration ci-dessous). L’eau dès lors ruisselle en dévalant vers le bas de la vallée pour saturer le collecteur d’égout rue Gray qui déborde dans les caves ou pour inonder la rue elle-même.


Illu 1 - Carte des zones des pentes de la vallée du Maelbeek et contribuant directement aux inondations du fond de la vallée de la rue Gray et rues alentours

Pour réduire ce ruissellement, la politique bruxelloise en la matière est de désimperméabilisr les sols, de permettre à l’eau de s’infiltrer, de s’évaporer par les plantes, etc. C’est ce que l’on appelle la Gestion intégrée de l’eau de pluie (GIEP) [2]. Pour le faire, il y a lieu de réaliser un certain nombre de dispositifs paysagers sur l’ensemble du bassin versant.


Cliquez sur l’image pour découvrir le catalogue des dispositif GIEP élargi

Ouvrir un imaginaire paysager qui intègre l’eau de pluie

Pour ouvrir cet imaginaire paysager collectif, depuis longtemps les EGEB et Arkipel proposent d’élaborer des cartographies de type Map-it [3]. C’est une technique de cartographie collaborative qui engage les membres de la communauté à cartographier leur environnement local. Les habitant·e·s et les expert·e·s travaillent ensemble pour mettre en évidence les problèmes, les ressources et de potentielles solutions en intégrant les connaissances locales à celles d’expert·e·s en matière d’urbanisme et de gestion de l’environnement.

Près de 40 personnes ont participé aux deux promenades exploratoires dont les 14 étudiant·e·s de master en GEDELO. Une promenade faisant un parcours sur le versant ouest de la vallée et l’autre sur le versant est. Chaque promenade a prévu 7 à 8 stations dans des lieux sécurisés où l’on peut échanger, faire des observations, témoigner. Tout cela formant une matière propre à être cartographiée lors des ateliers de l’après midi.

Le travail de cartographie

Après s’être sustenté·e·s, nous nous retrouvons autour de tables sur lesquelles sont déposées de grandes cartes satellites des zones à cartographier sur lesquelles nous allons déposer des stickers correspondant aux observations (voir le toolkit), etc.

Sur la carte de synthèse réalisée par Arkipel et présentée ci-dessous (illustration 2), les surfaces jaunes sont les surfaces contributrices des inondations du bas de la vallée lors des grosses pluies (et non tamponnées par le bassin d’orage, (voir l’illustration 1 ci-dessus), la rue Gray étant ce tracé linéaire rouge qui va du sud (place Flagey - bas de la carte) vers le nord (place Jourdan - haude la carte). On n’entrera pas dans les détails la carte ici.

On y reviendra plus tard. Bornons nous à dire que ce qui est rouge est ce qui est négatif (inondations, ruissellements importants, etc.), ce qui est en vert, ce qui est positif (végétaux, zones désimpermébiliseés, etc.), ce qui est en orange, plutôt de l’odre des opportunités… Enfin ce qui est en bleu ce sont les types de projets imaginables.


Illu 2 - La carte de synthèse du Map-it réalisée par Arkipel. Cliquez dessus et vous ouvrirez la même carte en pdf.

Imaginer ce n’est pas encore réaliser, mais c’est orienter

Important. il ne s’agit pas de projets qui VONT être réalisés, mais de potentielles idées imaginables pour autant que dans la suite soient réalisées des études du sol et du sous-sol, etc., afin d’évaluer le faisabilité réelle (et leur coût). L’on voit tant sur la pente ouest que sur la pente est des zones qui sont entourées d’un liseré bleu. Nous pensons que ce sont des zones préférentielles où tant morphologiquement que socialement, il y aurait un avantage à réaliser des actions prioritaires combinant espaces privés et espaces publics.

Parallèlement à ce travail, les étudiants de l’UNanterre (GEDELO), ont fait un relevé de caractérisation des rues. A partir de là, ils imaginent un tableau de classement typologique des rues, celles-ci étant placées sur deux axes :

  • le potentiel plus ou moins grand de réaménagement en termes de GIEP
  • le niveau actuel plus ou moins important d’aménagements aussi en termes de GIEP.
    Cela permet de déterminer les rues sur lesquelles il est possible d’agir en priorité. Ceci dit, moyennant également des études du sous-sol, etc. Peut-être habitez-vous une rue qui pourrait accueillir de tels dispositifs ? En seriez-vous l’ambassadeur ou le porte-parole ?

Vers une action collective de solidarité de bassin versant

Enfin, ajoutons à ce travail territorial, une autre enquête que les étudiant·e·s ont réalisé·e·s pendant leur séjour à Bruxelles portant sur la perception que les habitant·e·s ont de la question de l’eau sur les pentes de la vallée et nous serons complets. Nous ne développerons pas ce point ici. Disons toutefois que la connaissance des habitant·e·s des risques d’inondation dans la rue Gray reste assez faible et la GIEP est relativement inconnue, etc.


Les acteurs du Map-it réunissant habitant·e·s et étudiant·e·s


Cliquez sur l’image et vous découvrirez la brochure réalisée par les étudiantes de l’UNanterre

L’ensemble de ces travaux sera présenté le 31 mars à Ixelles (à la Maison de quartier), lors de
Inondation rue Gray, STOP !
Habiter dans la vallée du Maelbeek, TOP !

Nous discuterons de ce que ces résultats nous enseignent. Et nous nous demanderons comment promouvoir ce type de solutions en intérieur d’îlot et comment entrer en relation avec les pouvoirs publics pour plus de coproduction de nos paysages et cadres de vie. Diverses actions et stratégies seront présentées par nos invités du réseau Fairville.