L’eau est un vecteur de lien et de vie et parfois de destruction voire de mort. L’eau, cet élément terrestre, est soumise à la gravité et donc va nécessairement du haut vers le bas dans des trajectoires où la géographie domine.
Une attention particulière aux plus vulnérables
Socialement, l’on sait que les populations les plus vulnérables et les plus mises en risque face aux inondations sont souvent celles qui vivent dans les fonds de vallée. Les inondations récurrentes de ces dernières années - et particulièrement celle de la Vesdre de 2021, celles de 2024 à Bruxelles ou celles plus récentes de janvier dans le bassin hydrographique de la Meuse - nous le rappellent régulièrement. La solidarité de bassin versant suppose une attention particulière aux plus vulnérables d’entre nous et à leurs conditions de l’habiter, c’est à dire aussi, au logement des humains.
La réponse à la problématique des inondations a souvent été techniciste, en construisant toujours plus de bassins d’orage et de rétention sans pourtant changer de regard et donc en permettant de continuer de faire toujours plus de la même chose, imperméabiliser les sols, bétonner et densifier les espaces urbains, etc., jusqu’au prochain effet rebond, au prochain débordement.
Une hydrologie réparatrice
Pour répondre à ces problématiques, l’idée est d’agir sur les pentes de la vallée, en infiltrant l’eau dans le sol, en le déminéralisant là où on le peut, en lui permettant de s’évaporer par le truchement du végétal, en drainant là où l’on habite ou en permettant aux rivières de déborder dans des zones humides, etc. Il s’agit de penser les vides dans le paysage sur l’ensemble du bassin versant afin de donner de nouvelles trajectoires et de nouveaux espaces de vie à l’eau et à la diversité du vivant.
Une Gestion intégrée de l’eau de pluie (GIEP) y est convoquée dans sa dynamique multi-fonctionnelle et de solutions fondées sur la nature (technologie de bassin intensité et décentralisée), mais nous la souhaitons co-créative et d’instauration paysagère, tant dans une perspective d’adaptation aux changements climatiques que de diminution des effets sur le climat. On pourrait aussi appeler cette approche d’hydrologie réparatrice.
Carte produite par Kevin De Bondt travaillant alors à Urban Environmental Geoscience - VUB. Cette carte a été publiée pour la première fois dans le Bruxelles en Mouvement du 12 mai 2011 titré "Voix d’eau" accompagnant les États généraux de l’eau à Bruxelles. Cette carte des bassins versants n’indique pas les intensités sociales et environnementales de la solidarité de bassin versant. Il faut la faire évoluer.
Comprendre collectivement les actes que nous posons
La solidarité de bassin versant, cette notion hybride qui insiste sur une mise en relation entre humains et non humains se caractérise tant par sa nature poétique ouvrant sur des imaginaires et des créativités nouvelles, que par sa finalité d’opérationnalisation transformatrice en passant par le nécessaire travail de la connaissance dans une perspective d’égalité environnementale, sociale et face aux risques (inondations, pollutions, etc.) et dans la perspective du droit pour toustes à un cadre de vie de qualité. C’est une notion trajet, toujours en devenir.
Elle indique ce lien d’interdépendance au sein d’un territoire - de la petite à la grande échelle du bassin versant -, nécessitant la compréhension des conséquences des actes que nous posons entre amont et aval. L’expertise y est alors multiple et suppose un dialogue entre savoirs divers, techniques, scientifiques, savoirs d’usage ou vernaculaires, un dialogue entre faits et valeurs. La solidarité de bassin versant nous indique que les limites parcellaires ou administratives ne sont que relatives et que tous les acteurs doivent contribuer en générant des espaces individuels et surtout communs d’action, en cherchant de nouvelles alliances et en assurant une rencontre entre naufragés et solidaires. Ce qui suppose des formes de coordination et de gouvernances renouvelées, faites d’assemblées ou de sortes de parlements de choses de l’eau et du paysage à inventer.
Carte dessinée par Stanislava Belopitova etéditée sur le site des EGEB. Carte non active et devenue désuète