L’Enquête sur la perception du risque et les attentes des Habitant·e·s
Le gros thème de la soirée a été le retour de l’ “Enquête sur la perception du risque et les attentes des Habitant·e·s” présentée par Marie Vincenti, étudiante, et Marie-Anne Germaine, professeure pour le Master GEDELO de l’UNanterre. L’idée a été d’interroger les habitant·e·s sur les pentes de la vallée plutôt que ceux du fond de cette dernière, partant de l’idée qu’il serait intéressant de déployer une gestion intégrée de l’eau de pluie sur ces pentes afin de réduire les flux d’eau de pluie inondant le fond de la vallée. (Rappelons que ce diagnostic avait été présenté en octobre dernier par notre hydrologue de la VUB, Boud Verbeiren, lire la Chronique #1 - Comprendre les inondations du fond de la vallée et agir sur les pentes de la vallée).
Sur les 188 personnes interrogées par les étudiant-es, 54 % ne sont pas au courant qu’il y a des inondations dans le fond de la vallée. Cette connaissance est d’ailleurs fonction de la proximité de la résidence des personnes par rapport au fond de la vallée : plus les habitant·e·s habitent loin de ce fond, moins ils sont au courant. (On parle ici de distances courtes, en centaine de mètres). Il y aurait là un enjeu de communication important. Accompagnant cela, il y a un enjeu de meilleure compréhension des dimensions techniques du problème d’inondation, les mécanismes hydrauliques de ces inondations n’étant pas tout à fait compris. D’ailleurs la brochure réalisée par les étudiant·e·s en est un élément de réponse.
La Gestion Intégrée de l’Eau de Pluie (GIEP - voir les principes de Bruxelles environnement) est peu connue en tant que telle, mais les travaux de végétalisation ne sont pas trop mal perçus bien que pas toujours compris à leur juste valeur. Il reste néanmoins que les questions de parking, etc., peuvent aussi faire problème. Après avoir analysé deux rues qui ont bénéficié de GIEP (rue des Deux ponts et rue des artisans), il apparaît que ces aménagements ne sont pas si bien acceptés que cela par le voisinage qui a semble-t-il été peu impliqué dans la restauration de leurs rues (selon les témoignages). Et le point d’orgue de la présentation serait qu’il est nécessaire que les habitant·e·s se mobilisent pour mieux et plus participer à l’amélioration de leur cadre de vie.
Présentation du Map-it des pentes de la vallée et de potentielles nouvelles inégalités ?
La présentation du Map-it par Pierre Bernard (Arkipel) et Marie a permis de renforcer la compréhension de l’orientation possible à donner à la GIEP, en visualisant d’ailleurs les priorités des voiries où devrait être priorisée la GIEP. Le débat qui a suivi avait pour objectif d’imaginer comment avancer dans le processus co-productif de la GIEP.
Mais cet objectif là n’a pas été vraiement atteint ce soir-là. Si clairement la volonté de pratiquer la GIEP a pour objectif de réduire les inondations et donc de bénéficier aux habitant·e·s du fond de la vallée, certains y ont vu une autre forme d’inégalité pointer ! Le débat a été monopolisé en partie par certains qui voient dans ces évolutions spatiales sur les pentes de la vallée une manière de créer des formes de nouvelles inégalités spatiales par l’embellissement des voiries, etc., alors que le fond de la vallée reste désespérément triste. Il y a une part de vrai, il n’est pas de raison que des formes de végétalisation et d’espaces ouverts ne soient pas créés dans le fond de la vallée, alors qu’au contraire on continue de densifier là.
Ces préoccupations sont, bien sûr, au cœur du travail des acteurs et actrices impliqué·e·s et des autres associations actives sur le terrain. Mais il est clair que l’on ne peut s’occuper de tout en une fois et l’on a déjà pu montrer que déjà cinq à six groupes de travail se sont mis en place, des rencontres plénières tous les deux ou trois mois, ce qui est déjà un magnifique bilan collectif. Il est clair que la dynamique spatiale de la rue Gray sera une préoccupation dans les temps à venir, cet aspect fera partie de préoccupations futures spécifiques.
Mais tout de même une habitante inondée a pu s’exprimer de manière catégorique : réduire le ruissellement sur les pentes de la vallée est une nécessité… Chaque chose en son temps donc. (Les EGEB vont proposer de discuter d’un moratoire sur la densification de la vallée).
Comment nous mobiliser ?
L’événement a également été l’occasion pour les invités du réseau Fairville de partager leurs réflexions et d’échanger sur les enjeux locaux. Ismaela Seye d’UrbaSEN, faisant partie du DakarLab de Fairville nous présente “Comment nous mobiliser, un exemple venu d’ailleurs”. Il parle aussi au nom de certains quartiers de la la Fédération des habitants du Sénégal aux prises elles et eux aussi aux inondations, dans un contexte urbain très différent, certes. Mais ce qui a été central dans son propos aura étleur la description de la manière dont les habitant·e·s se mobilisent, avec des permanences, entre solidaires dans le quartier, un intérêt et un soin pris les uns pour les autres. Ce qui est central, c’est la manière dont ils acquièrent leur autonomie par le système de tontine (des fonds tournants) qui permet de financer des études techniques voir des travaux de base.
Ce qui est aussi essentiel, c’est que les choix techniques aient un coût abordable se fondant sur des technologies de basse intensité (pouvant en partie ressembler à la GIEP) et faciles à entretenir, avec un accès équitable, notamment pour les femmes, les jeunes, les locataires. Ces dispositifs qu’il s’agisse d’un système de drainage, d’une dalle collective ne sont jamais imposés, mais commandités par les habitants eux-mêmes, en lien avec leurs pratiques quotidiennes.
L’ensemble de ces pratiques peuvent construire un rapport de force qu’ils qualifient d’inversé vis-à-vis des pouvoirs publics où ils ne perdent pas la main, les solutions restant en gestion commune - ce qui est une totale inversion par rapport à notre système hypertechnique, centralisé et institutionnel chez nous. (Pour en savoir plus, lire l’article Dakar Bruxelles). Cette approche a suscité des discussions intéressantes sur son applicabilité dans le contexte urbain bruxellois. L’important n’étant pas de faire la même chose, mais de voir ce que cela inspire chez nous, que peut-on en tirer ? Nous nous promettons d’en reparler car de cette expérience, nous avons sans doute beaucoup à ré-apprendre.
Le diaporama montre in fine une présentation qui aurait dû être faite par Marie-Anne Germaine, intitulée “Nous mobiliser dans le bassin versant.” Avec un joli sous-titre Prendre soin de notre environnement et de nos voisin·e·s un détour par les petites rivières urbaines. Voilà qui nous concerne, non ? Son propos bien que construit à partir d’expériences situées 5000 km plus au nord, en Région Parisienne vient se placer dans la continuité de ceux d’Ismaila. Malheureusement, le temps ne nous a pas permis d’entendre Mariei-Anne. Allez voir le diaporama. Et méditons tout cela. Prendre soin de son environnement et de ses voisine·s, voilà que cela nous rapproche de la Solidarité de bassin versant.