Quelques commentaires sur la carte des vallées comme horizons bruxellois

Une proposition des EGEB à faire évoluer...

Cartographier, c’est toujours faire des choix de ce que l’on veut rendre visible. Cela ne représente jamais la réalité complète du territoire que les cartes veulent représenter et, ce que l’on veut donner à voir est toujours orienté. Pour les EGEB, la notion de bassin versant Bassin versant Ensemble de l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire. La limite de cet espace est défini par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction d’écoulement. L’exutoire est généralement un cours d’eau situé en fond de vallée, mais à Bruxelles, où de nombreux ruisseaux ont été enterrés, il est souvent remplacé par un collecteur d’égout. est une nécessité, ce qui est vrai pour les gestionnaires de l’eau aussi, d’ailleurs. Nous nous sommes inspirés de différentes cartes, mais nous nous en sommes aussi éloignés aussi. Explications sur nos choix.

, par Dominique Nalpas, Michel Bastin

Carte des bassins versants affectant la région bruxelloise, Élise DEBOUNY/EGEB , 2026

A bien la regarder, la carte qui se trouve sur la page d’accueil de ce site (et reprise ci-dessus), présente une forme un peu particulière - tout en ressemblant à celle de la région bruxelloise. C’est qu’elle épouse les limites des bassins versants qui, en amont et en aval des cours d’eau qui naissent ou traversent la région, l’affectent ou qu’elle affecte, pour en faire ce que nous pourrions appeler l’ “hydro-région” de Bruxelles. C’est une proposition.

Nous proposons de nommer cet espace géographique l’hydro-région de Bruxelles

Le territoire administratif de la RBC est suggéré par une intensité de couleur plus forte qui n’efface pas la géographie physique qui, en matière d’eau, domine. Volontairement, nous n’avons pas indiqué d’autres limites administratives ou de parcelles… Quelques pointillés indiquent les lignes de crête, et des traits bleus ses cours d’eau. Nous nous sommes basés, pour commencer, sur une carte publiée dans le Plan de gestion de l’eau.

Carte des bassins versants affectant la région bruxelloise, Plan de Gestion de l’Eau 2022-2027 - p. 72 : carte produite par Bruxelles Environnement, 2020

Le respect des lignes de crête

Un bassin versant Bassin versant Ensemble de l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire. La limite de cet espace est défini par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction d’écoulement. L’exutoire est généralement un cours d’eau situé en fond de vallée, mais à Bruxelles, où de nombreux ruisseaux ont été enterrés, il est souvent remplacé par un collecteur d’égout. n’est autre que l’espace géographique à l’intérieur duquel les eaux pluviales s’écoulent vers un même exutoire Exutoire Issue par laquelle un ensemble d’eaux est évacué, s’écoulant le plus souvent par gravité. Dans un bassin versant, il est généralement représenté par un cours d’eau ou un collecteur en fond de vallée. , la limite de cet espace étant définie par les points les plus élevés (crêtes) qui déterminent la direction de l’écoulement. Sur cette la carte de la page d’accueil reprise ci-dessus, plus le vert est intense, plus cela veut dire que l’altitude est élevée. Le blanc correspond aux zones les plus basses telle la vallée de la Senne et à l’extériorité de l’hydro-région. Cette carte est un oxymore graphique, un nuage aux limites claires de la ligne de partage des eaux Ligne de partage des eaux Dite aussi « ligne de faîte » ou « ligne de partage des eaux », Ligne séparant deux bassins versants adjacents ou Ligne de part et d’autre de laquelle les eaux s’écoulent vers l’un ou l’autre de deux bassins versants juxtaposés.() .

Glissez la souris sur la carte de la page d’accueil et apparaîtront des à-plats grisés signifiant les bassins versants que nous avons décidé de mettre en valeur. L’à-plat bleu correspondant à la plaine alluviale.

Carte des bassins versants bruxellois, Kevin DE BONDT, 2011 (voir Bruxelles en Mouvement Voix Bruxelles en mouvements n°247, mai 2011)

Vous verrez qu’il y a dans le choix des bassins versants une certaine ressemblance avec cette carte proposée par Kevin Debondt déjà en 2011, lors du tout début des Etats Généraux de l’Eau à Bruxelles bien que cette carte se limite à la région administrative bruxelloise. Ce fut une large source d’inspiration déjà à l’époque et encore aujourd’hui.

Il suffirait donc de définir les crêtes pour avoir une vision claire du bassin versant. C’est un peu moins simple que cela en à l’air. Pour les gestionnaires de l’eau, la chose est un peu différente. Certaines eaux sont déviées d’un bassin vers un autre. C’est le cas du Broeckbeek, qui en utilisant un pertuis Pertuis À Bruxelles, un pertuis désigne une canalisation souterraine destiné à recevoir des eaux claires, plus souvent spécifiquement celles d’un cours d’eau. Celui-ci peut alors être décrit comme voûté. va se jeter dans le Neerpeedebeek voisin. De manière un peu différente, le chemin d’eau Chemin d'eau du Cognassier fait de même lors des grosses pluies. C’est aussi le cas de certains collecteurs d’égout qui récoltent des eaux usées Eaux usées Eaux polluées par l’activité humaine domestique (cuisine, douche, toilettes) ou industrielle. dans des bassins versants pour les envoyer vers d’autres. Sur ce dernier point, la carte ci-dessous détermine des bassins versants liés aux réseaux d’égouttage, ils ne correspondent pas toujours aux bassins versants “naturels” déterminés par les lignes de crête. On remarquera toutefois que la carte en question offre une surface plus large que la RBC en intégrant les bassins versants tributaires situés en Région Flamande.

En ce qui nous concerne, nous avons décidé de ne pas tenir compte de ce cheminement tuyautaire de l’eau de pluie (ou de source) ou de ces subdivisions administratives et de respecter les lignes géographiques de crêtes pour définir les bassins versants, vu que nous souhaitons privilégier l’action territoriale de la gestion intégrée au paysage de l’eau de pluie et plus généralement encore et notamment celle que des habitant·e·s concerné·e·s de notre ville hydro-région.

Les bassins versants en fonction du réseau d’assainissement, Hydria

La référence de base : la vallée de la Senne

Le bassin versant de référence est celui de la Senne qui traverse l’hydro-région du sud-ouest au nord-est, (zone bleue épaisse sur la carte ci-dessus). Tous les autres cours d’eau de notre hydro-région (à une toute petite exception près) sont des sous bassins versants de la Senne. Ce dernier étant lui-même un sous bassin versant du bassin hydrographique de l’Escaut [1]. Mais un sous-bassin versant, en terme de fonctionnement hydrologique ,reste un bassin versant.

Mais un sous bassin versant en termes hydrologiques reste un bassin versant.

Bassin versant de la Senne - Escaut sans frontière, 20212

Dès lors, dans nombre de cas, nous appellerons nos sous-bassins versants bruxellois tout simplement bassins versants du nom de leurs cours d’eau / exutoires lorsque ces bassins versants peuvent être embrassés de manière vaste comme par exemple ceux de la Woluwe, du Molenbeek et même si le cours d’eau n’est plus visible, comme dans le cas des Maelbeek. Parfois nous nommons des espaces réunissant plusieurs sous-bassins versants comme pour les Bassins versants des Vogelzangbeek-Neerpedebeek-Broeckbeek ou Bassins versants des Linkebeek-Geleytsbeek-Ukkelbeek ainsi que l’indique la carte tirée du plan de gestion 2022 - 2027.

Dans d’autres cas, lorsqu’il n’y pas de ruisseau de référence ou que cela est peu clair ou pour cause d’usages d’autres termes, nous avons décidé que la rivière de référence était la Senne en tant que telle, mais alors, n’en embrassant qu’un côté ou une petite portion, nous les avons nommés “versant”, comme le versant de Forest Nord ou Forest Sud de la Senne, etc. - dont pour nombre d’habitants c’est devenu l’usage - ou versant Nord-Est ou Nord-Ouest de la Senne (sous entendu de l’hydro-région).

Dans certains cas, nos choix se sont aussi opérés en raison de réseaux sociaux réunis par une commune préoccupation (entre autre) hydrologique : c’est le cas des deux versants forestois (qui n’épousent pas de façon claire la vallée d’un ruisseau bien défini) et aussi d’une certaine manière de l’Elsbeek - dont le territoire hydrographique est cohérent, mais qui pourrait être considéré comme faisant partie d’un seul versant Sud-Est de la Senne).

La forte présence de la plaine alluviale

Lorsque l’on glisse la souris sur la carte de la page d’accueil, un grand bande bleue surlignant la plaine alluviale de la Senne apparaît. C’est tout le fond de la vallée, là où justement Bruxelles est née. Le broeck de Bruxelles. Mais qu’est-elle devenue, que sont ses eaux devenues ? L’urbanisation l’a fait disparaître de manière importante de notre vue et de nos consciences. Elle se rappelle pourtant à notre bon souvenir de manière de plus en plus conséquente avec notamment l’affirmation et la préservation de certaines zones humides significatives : le Marais Wiels, le Marais Biestebroeck, le Bempt...

Nous pensons nécessaire de devoir donner une place à cette eau-là dans la ville afin de donner une place importante au vivant.

Nous pensons nécessaire de devoir donner une place à cette eau-là dans la ville donnant une place importante au vivant. La carte hydrographique ci-dessous ne les représente pas. Pour nous, ils sont devenus des lieux essentiels de l’hydro-région.

Les exutoires, objets technico-socio-administrativo-environnementaux

L’exutoire est généralement un cours d’eau qui serpente au fond du bassin versant, mais à Bruxelles où de nombreux cours d’eau ont été enterrés, voûtés, ils ne sont souvent plus visibles, parce qu’ils, soit devenus collecteurs d’égout, soit parce qu’ils passent en pertuis. Cours d’eau complètement artificiel, le canal fait néanmoins pleinement partie depuis des décennies et même des sièclesle [2] de notre système hydrographique.

Atlas hydrographique de la Région de Bruxelles-Capitale Atlas hydrographique de la Région de Bruxelles-Capitale Aux termes de l’arrêté du 23 mai 2024, « Cet atlas comprend le classement des cours d’eau non navigables, la désignation des étangs régionaux et de certains fossés au sens de l’ordonnance du 16 mai 2019 relative la gestion et à la protection des cours d’eau non navigables et des étangs. » Remplace l’ancien atlas des cours d’eau non navigables ni flottables et apporte une protection partielle au réseau hydrographique de la région. (2024)

Nous nous sommes principalement référés, pour nommer les cours d’eau, à l’Atlas hydrographique de la Région de Bruxelles-Capitale (officiel depuis 2024) [3]. L’atlas hydrographique, à l’instar des anciens Atlas des cours d’eau non navigables ni flottables Atlas des cours d’eau non navigables ni flottables D’après le catalogue de la KBR « Ensemble de cartes réalisées [commune par commune] en vue de l’application de la loi du 7 mai 1877 sur le levé de cartes relatives aux cours d’eau non navigables de la province de Brabant. Accompagné de fascicules de procès-verbaux, états indicatifs, tableaux descriptifs ». Un jeu complet est conservé à la KBR. Une nouvelle édition de ces atlas a été établie dans les années 50. Normalement, les Communes ont conservé dans leurs archives un exemplaires des cartes concernant leur territoire. En RBC, depuis 2024, c’est l’Atlas du réseau hydrographique de la Région de Bruxelles-Capitale qui reconnaît une existence administrative, juridique, aux cours d’eau non navigables. détermine quel cours d’eau a le statut de cours d’eau et lequel ne l’a plus. Ainsi le Maelbeek (de l’Est) est reconnu comme cours d’eau entre l’Abbaye de la Cambre et le premier Étang d’Ixelles et l’autre Maelbeek a le statut de cours d’eau sur le site du Scheutbos. Ensuite, leurs eaux disparaissent, ou plutôt se mêlent eau eaux usées, dans un collecteur et donc perdent leur statut de cours d’eau pour devenir collecteur. Par contre, l’Atlas reconnaît les cours d’eau voûtés, passant en pertuis donc sans être mélangés à de l’eau d’égout, ils sont indiqués par des lignes en pointillés.

Sur notre carte d’accueil du site, nous avons fait le choix d’indiquer par des pointillés des cours d’eau ayant perdu leur statut et considérés comme collecteurs, car ils pourraient pour certains redevenir un jour cours d’eau clairement séparés des égouts. C’est l’espoir suscité dans le cadre de Brusseau pour le Molenbeek, pour lequel de réelles études existent menées par Vivaqua. L’espoir est du reste parfois devenu réalité en région bruxelloise (Hollebeek, Geleytsbeek).

Pour une partie des habitant·e·s la négation de ce ruisseau, sa disparition de notre conscience fait partie du problème qu’ils vivent avec les inondations.

Nous avons égalemet fait ce choix pour le tracé en pointillé du Maelbeek (“Est’). Nombre d’habitant·e·s inondé·e·s ou non de ce vallon que nous connaissons vraiment bien considèrent que quelque chose de la rivière et de ses colères existe toujours. Et certes, si depuis plus d’un siècle et demi le Maelbeek y a la statut de collecteur, il y a toujours dans cette vallée une circulation de l’eau qui tient du ruisseau et plus d’un·e habitant·e voit dans la négation de ce ruisseau, dans sa disparition de notre conscience, une partie du problème qu’ils vivent. Nous avons décidé ici de nous associer au sens commun, car nous le connaissons.

Un choix analogue aurait pu être opéré pour d’autres cours d’eau (Broekbeek vers l’aval…). Nous nous sommes limités aux situations où la présence du cours, ou la restauration de sa continuité fait l’objet de travaux au sein des EGEB (pour l’heure). Ainsi, nous nous permettons de jouer sur plusieurs référentiels de manière assumée.

Des choix à discuter

Tous ces choix peuvent être questionnés, ils sont aussi liés à l’intensité des actions que nous menons et à la connaissance spécifiques que nous avons de certaine zones plus que d’autres, etc. En effet, dans notre intention de traiter des bassins versants pour un devenir solidaire, depuis longtemps, nous pensons à une définition complexe de cette notion comme étant technico-socio-administrativo-environnementale, comme leurs exutoires. Nous voulons liés des savoirs de plusieurs niveaux, hybrides.

Dans plus d’un cas, des acteurices de la société civile, associations, collectifs et habitant·e·s font valoir leurs espoirs et connaissances sur des questions qui relèvent - a priori - de l’autorité des administrations et des institutions publiques mais que nous pensons pouvoir partager. Cela peut aller de nommer un élément hydrographique que l’on défend, jusqu’à proposer les conditions qui permettent de restaurer/recréer un ruisseau comme dans le cas du ruisseau du Calvaire ou du chemin d’eau du Cognassier, etc. En passant par des initiatives visant à en prendre soin.

Tous les choix que nous proposons ne sont donc pas intangibles, des évolutions de la carte pourront se faire jour en fonction des usages et de nouveaux savoirs, nous en ferons le point d’ici un an ou deux ans. Nous en ferons débat s‘il le faut avec qui de droit.

Notes

[1Pour être tout à fait précis, la Senne est tributaire de la Dyle - rivière de Wavre et Leuven) qui forme avec la Nete (qui vient de Lier) le Rupel, lequel se jette dans l’Escaut

[2Canal vers Willebroeck a été ouvert à la navigation au XVIe s. et celui vers Charleroi en 1932.

[3Nous avons pu nous appuyer, pour compléter nos informations, sur les dossiers documentaires publiés sur son site par l’association Coordination Senne, et bien sûr sur les expertises du réseau d’acteurices autour des EGEB