La chronique #4 intitulée, Un rapport d’existence et beaucoup, beaucoup de patience, reste-t-elle encore d’actualité ? Certes, sur la question de la patience elle reste de mise, puisque comme Anne, ma sœur Anne, on ne voit rien venir. Mais ce qui est plus ennuyeux, c’est dès lors existe-t-il un rapport d’existence ? Existe-t-il une problématique des inondations dans la rue Gray aux yeux des pouvoirs publics ? Au tournant de l’année, nous sommes en droit d’en douter !
La notion de rapport d’existence est une notion qui n’existe pas - selon nos recherches - dans les sciences sociales et pourtant, cela pourrait bien exister. Il s’agit d’un rapport de reconnaissance entre groupes sociaux différents qui se reconnaissent a priori ou qui finissent par se reconnaître. Un rapport de soin, est un rapport d’existence, un rapport de coopération ou un rapport de partenariat, etc,. le sont aussi, même un rapport marchand l’est. Et un rapport de force bien souvent a pour fonction de faire exister un rapport d’existence, c’est dire si cette notion pivot pourrait être utile.
Un rapport d’existence est fait d’actes et de durée
En tout cas, comme nous l’indiquions plus haut, nous avons utilisé cette idée pour tenter de décrire la situation qui nous occupe. Et nous avons pensé, lorsque les habitant·e·s de la rue Gray et du voisinage se sont saisi·e·s du dispositif légal de l’interpellation du Conseil communale et que la réponse de l’ensemble des partis politique - majorité comme opposition de ce Conseil - avait été de considérer cette problématique des inondations comme importante, que nous assistions à un début de reconnaissance de la part des pouvoirs des publics. Mais un rapport d’existence, se fait nécessairement dans la durée, ce n’est pas seulement une note d’intention.
Cette impression s’est confirmée un peu plus tard lorsque la commune a rencontré les habitant·e·s en avril et en septembre 2024 . Cela s’est renforcé encore lorsque la nouvelle majorité élue en octobre 2024 représentée par le Bourgmestre et l’échevine en juin 2025, ce qui offrait quelque espoir d’avancées, comme par exemple, la création d’une Task force avec les Opérateurs de l’eau avec la possibilité de continuer d’avancer sur un codiagnostic, l’idée de coproduire un document en commun sur la manière de réagir face aux inondations, etc. Il y avait aussi l’idée qu’une délégation d’habitant·e·s et les pouvoirs publics se rencontrent régulièrement.
Mais rien de ce qui avait été proposé n’a été suivi jusqu’ici
Mais aujourd’hui, la patience est plus que de mise. Rien de ce qui avait été proposé n’a été suivi d’un quelconque effet. Nous savons fort bien que la commune n’est pas responsable de tout et nous ne cessons de le répéter, des clés appartiennent aussi aux Opérateurs de l’eau et sans doute à d’autres encore, dont les habitant·e·s. Ce qui est troublant, c’est le vide ou la lenteur de réponse et, in fine, ce qui à la longue devient ce non rapport d’existence. En effet, cette patience poussée à son terme commence à ressembler à une disparition de ce qui a été perçu comme une reconnaissance du problème, une considération de ce qui crée de la souffrance, une empathie.
Concernant l’idée de codiagnostic, qui avait été un moment décidé avec la commune en 2024 dans le cadre de Fairville, que reste-t-il ? Peu. Nous apprenons en effet via l’administration de la commune que celui-ci devient un auto-diagnostic et même maintenant un logigramme en ligne ou chaque habitant·e sera renvoyé·e à un arbre de décision quant à ce qu’il se passe dans son habitation, renvoyant à son tour vers différents services que la personne impactée par les inondations devra/pourra contacter. Certes, il y aura avec un tel dispositif peut-être une avancée face aux aspects kafkaïens dans lesquels les habitant·e·s ont pu se retrouver, il y a peu encore, lorsqu’ils appelaient les diverses administrations, les unes les renvoyant aux autres. Mais tout d’abord, rien n’existe encore, nous n’avons encore rien vu passer de ce logigramme. Mais aussi chacun est donc renvoyé à sa solitude face à l’idée de construction plus collective du rapport aux problèmes. C’est un recul !
Comment se fait-il que nous en arrivions-là ?
La chose est compliquée et nous ne permettrons pas de tenter de répondre ici, cela demande une analyse plus approfondie, ce que nous tenterons de faire dans l’avenir. A la décharge des pouvoirs publics, sans doute ont-ils le sentiment que s’ils n’ont pas de solutions complètes à fournir, vaut mieux qu’ils ne répondent pas ? Pourtant, une chose est sûre, c’est qu’aucun·e habitant·e ne demande une réponse toute faite sans dialogue. Comment ces habitant·e·s peuvent-il·elle·s être aidé·e·s dans leurs difficultés, certes individuellement, mais aussi collectivement, car c’est bien un quartier qui souffre dans un manque de vision, un manque de perspective et de cela, il est toujours possible de discuter. Se parler, c’est exister et se faire exister.
En ce qui nous concerne, nous voulons travailler à la notion de commun négatif, tenter de comprendre aussi ce qui fait cet héritage négatif, cette pollution, ce déchet de la production de la ville que sont les inondations et comment comprendre que malgré tous les moyens déployés depuis des décennies, nous en soyons toujours là ! Nous héritons assurément d’un manque de vision prospective, plus complexe, plus interdépendante et plus riche. Au contraire, nous héritons d’une vision par à-coups, sous formes de réactions aux événements successifs (si réaction il y a). Renouerons-nous avec un rapport d’existences (multiples) apaisé en comprenant notre héritage, mais aussi en produisant plus collectivement des visions prospectives et complexes, multi-systèmes, dans un véritable vision d’écologie sociale ? Nous y croyons et nous en reparlerons.
Photo Marie-Anne Maniet