Les Rencontres de l’Agir poétique

L’Agir poétique est un concept qui fait l’objet d’un début de théorisation [1], prenant acte de ce que le monde dans lequel nous vivons est troublé, peu lisible, parfois déroutant, dominé par des puissants qui dansent sur nos têtes. Face à la barbarie qui vient, celle qui exclut les plus démuni, celle qui fait de l’extraction des ressources un épuisement planétaire, celle qui capitalise sur les masses appauvries, les EGEB ont décidé de ne pas rester dans une sorte de quant à soi protecteur pourvoyeur de salaire [2] ou de certitude simpliste.

L’Agir poétique serait ce qui fondamentalement nous permet de nous relier avec les temps profonds du vivant et les temps historiques du social. D’une certaine manière, c’est tout ce qui fait trajet en allers-retours, en va et vient entre les pseudos pôles qui séparent sujet et objet, nature et culture, science et poésie, etc, autant de vecteurs de domination et de séparation d’avec nos lieux terrestres. Toute activité humaine peut former une accroche à l’agir poétique pour autant que cet agir s’instaure dans une dynamique qui fasse œuvre créative engendrant de la vie, humaine ou non humaine et créent des combinaisons et des assemblages, des compositions communes, l’exact contraire de ce qui capitalise sur l’action d’autrui, en la réduisant ou la colonisant.

Les rencontres de l’Agir potéique, dès lors, ne sont pas des soirées de lecture de poésie (quoique pourquoi pas, la littérature n’est pas exclue, loin s’en faut !), mais des moments de rencontre plus ou moins publics prenant la forme d’ateliers, de conférences/débats, de promenades, ou d’autre choses, qui invitent à des moments de réflexion où se nouent pensée et action, où s’échangent savoirs et connaissances, entre activisme et science, des lieux de problématisation ou de gestation d’intelligence collective, des lieux surtout où s’exprime les sensibilités transformatrices qui nous métamorphosent.

Ils sont nécessairement le produit de collaborations/partenariats/désirs d’élaborer ensemble. L’idée tout de même pour tenter de réduire la distance entre problématisation et solution, c’est d’installer ces moments de rencontres sur des trajectoires de projets potentiels (dialectique trajet/projet). Il ne s’agit donc pas de mener des rencontres-débats hors-sol (pensée pour la pensée), hors problématisation (terrienne) concrète, hors concernement de situations repérées, sans prise avec des mondes vécus, sensibles, désirants, ou déchirés. Chacun de ces lieux fait prise sur un constat de la réalité destructrice ou dégradante et offre une prise de risque vers d’autres possibles, de nouvelles confiances, jamais assurées, avec d’autres acteurs et partenaires, d’autres vivants vers d’autres potentielles lignes de fuite…

Mis en réseau entre eux, de lieux/relais en lieux/relais, ils commencent à formuler un paysage de la pensée/action, dont l’horizon ne nous est pas encore connu, ce que l’on pourrait appeler l’ “Ecole de l’Agir poétique” qui est tout de même une épaisseur et une étendue à la fois. Mais avant d’envisager l’horizon, il nous faut alimenter le compost de ces assemblages/fermentations de vie. On ne peut le dire encore, c’est par l’expérimentation même que l’on pourra y voir plus clair. Il n’y a pas de téléologie, de fin assurée, mais des métamorphoses potentielles et il faudrait bien qu’on problématise le rapport entre le compost, le territoire et l’horizon ! N’est-ce pas le travail d’une pensée/paysage ?

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