Ce projet de bassin d’orage / tampon est censé protéger de deux types de nuisances, les surverses dans la Woluwe, c’est-à-dire le déversement d’eaux d’égout lors de certaines pluies pour éviter de saturer la station d’épuration (assez courantes) et les inondations d’habitant·e·s situé·e·s en aval de l’étang de Ten Reuken du côté d’Auderghem.
La dépendance au sentier
Loin de nous l’idée qu’il ne faille pas lutter contre ces deux problèmes. Mais nous avons toujours pensé que ce n’est pas en ajoutant du béton que l’on peut y arriver. Dans le cas de Ten Reuken, avec un environnement aussi ouvert, il est vraiment dommage de ne pas avoir commencé de manière plus conséquente à travailler sur une Gestion intégrée de l’eau de pluie. Les experts de Brusseau ont clairement indiqué que ce lourd dispositif technique - certes ce n’est pas un très grand bassin d’orage, mais tout de même deux ans de travaux dont coût 11.799.979 € - pouvait être valablement remplacé par une Gestion intégrée de l’eau de pluie. Si on se réfère au premier avis de brusseau de novembre 2021, on peut y lire « Donner un permis d’urbanisme à ce BO va selon nous à l’encontre de la phase de transition dans laquelle nous sommes. Nous ne disons pas qu’il ne faut pas de BO, nous disons qu’il en faut un si, en toute connaissance de cause et sur la base d’une étude bien menée de GIEP, il apparaît qu’il n’y a pas d’autres choix pour la réduction des inondations ». Or selon Brusseau ce n’était pas le cas.
Face à de telles transformations sociétales historiques, nous pensons que ce serait une erreur de ne pas donner une chance réelle à la transition.
Lors de la seconde enquête publique en octobre 2022, Brusseau remet un nouvel avis plus étayé encore et conclut « Nous espérons avoir pu montrer que la solution du BO n’offre pas que des avantages. Mais surtout que de nouvelles solutions commencent à exister et que nous sommes entrés en pleine phase de transition qui, elle, permet non seulement de répondre aux problèmes d’inondation Inondation À Bruxelles, où les sols ont été intensément imperméabilisés et où les eaux pluviales sont rejetées avec les eaux usées dans les canalisations souterraines, les inondations sont essentiellement liées aux débordements des égouts sous l’effet de l’afflux rapide d’une importante quantité d’eau de ruissellement. , mais apporte beaucoup plus de bénéfices dans le même temps, face aux changements climatiques, tout en renforçant nombre d’aménités.
Face à de telles transformations sociétales historiques, nous pensons que ce serait une erreur de ne pas donner une chance réelle à la transition. La construction du BO renforçant la “dépendance au sentier” (path dependency) prise depuis plus de 170 ans dans nos villes modernes et freinant dès lors la nécessaire transition. Dans le même temps, nous avons conscience que les nouvelles manières de faire n’apportent pas encore toutes les réponses, des études en cours ne sont pas terminées, la transition ne faisant que débuter. »
Mais tout espoir n’est pas perdu
Nous, les amis de la Forêt de Soignes, lors de la même commission de concertation, nous rappellerons que le « Bassin d’orage empêchera de prendre en considération un autre aspect lié au changement climatique. Les eaux étant renvoyées vers les égouts elles ne s’infiltrent pas assez et n’alimentent pas suffisamment les nappes phréatiques. Les épisodes de sécheresse ne faisant que s’accroître eux aussi…. » Ce qui est en contradiction avec la proposition de BE de créer faire des sols éponges.
Ainsi était rappelé qu’un BO n’offrait qu’une ou deux fonctions, alors que la GIEP en offre bien plus, face au changement climatique. N’est-ce pas Bruxelles Environnement qui prônait le sol éponge ? A la suite de quoi, Brusseau proposait qu’un moratoire sur le BO se justifiait dans l’attente de la réalisation de l’étude de déconnexion (prévue par BE), le fait de mener un "plan-mouvement” proposé à la commune par les habtantfl·e·s et les EGEB de montrer qu’une volonté pour sortir de cette dépendance au sentier existait.
Rien n’y aura fait. L’avis favorable de la Commission de concertation sur la construction de ce bassin d’orage a été remis. Aujourd’hui ce monstre souterrain pourrait prendre forme sous nos pieds. Pourrait ?
Un recours en annulation a été récemment introduit par des associations auprès du Conseil d’Etat. L’affaire est donc à suivre.
En effet, tout espoir n’est pas perdu. Un recours en annulation a été récemment introduit par des associations auprès du Conseil d’Etat. L’affaire est donc à suivre. Nous continuerons d’informer sur les suites données à ce recours.
Mais cette bataille est encore en cours que, déjà, une nouvelle s’annonce, un BO de 70 000 m3 est en prévision plus bas dans la vallée de la Woluwe, 15 fois plus grand que celui-ci… Nous pourrions apprendre à “faire autrement” en ne construisant pas ce petit bassin d’orage et ainsi tenter de sortir de cette dépendance au sentier pour travailler ensemble à une approche de la GIEP pourtant également voulue par les pouvoirs publics et que Brusseau appelle cocréative et paysagère (voir Le Grand Défi du Molenbeek où un BO de 50 000 m3 environ est en prévision).
Ici, chez nous sur les pentes de notre vallée, des habitant·e·s concerné·e·s ont commencé à arpenter et cartographier ces dernières pour créer une communauté "hydrologique" (avec le soutien des EGEB et d’Arkipel). Voir à ce sujet Ten Reuken : le Bassin d’orage et la communauté, la petite saga qui fait le récit de notre tentative de créer une communauté de savoirs.
Il est fort probable, au contraire et comme à chaque fois, que dès lors que des solutions purement techniques s’offrent, nous - les humains du capitalocène - nous nous fiions à elles ce qui nous autorise à faire toujours plus de la même chose, c’est-à-dire, densifier, bétonner, etc., c’est l’effet rebond, bien connu. Voir peut-être le cas de Flagey et la rue Gray ?
