Maelbeek alors est un mot qui dit plus que le ruisseau qu’il nomme, c’est un mot lié à la mémoire d’une catastrophe, c’est un mot qui oblige à l’usage collectif, c’est un mot qui est une étape dans le temps, c’est un mot qu’aujourd’hui nous marchons. Alors, ne pas saluer cette étape dans le temps ne serait pas sérieux, ce serait ne pas regarder la catastrophe dans les yeux.
Le Maelbeek, comme la Vesdre, sont des mots catastrophiques. La veille ils nommaient simplement de la géographie, le lendemain, par l’attentat ou l’inondation Inondation À Bruxelles, où les sols ont été intensément imperméabilisés et où les eaux pluviales sont rejetées avec les eaux usées dans les canalisations souterraines, les inondations sont essentiellement liées aux débordements des égouts sous l’effet de l’afflux rapide d’une importante quantité d’eau de ruissellement. , ils changent de nature, ils s’inscrivent autrement dans la mémoire et le langage. Pourtant, toutes les catastrophes ne sont pas également nommées et ne font pas souvenir ou action. Ici, par exemple, la vallée que nous marchons est une terre de catastrophe. Oh, on dira, de petites catastrophes, des remontées de nappes, de l’eau dans la cave, de l’humidité qui mange les murs, de l’habitat qui est inhabitable. Mais l’habitat inhabitable, n’est-ce pas celui justement que nous habitons de plus en plus ?
Nous avons regardé tout à l’heure ces maisons vides, ces appartements hors d’usage. Ou pire, ces maisons toujours occupées, ces appartements toujours habités. Dedans des gens coincés entre l’eau et l’argent, déménager serait impayable, on reste là au prix de sa santé. Peut-on habiter l’eau qui monte ? La rue Gray est comme une parabole de ce qui se passe partout ailleurs sur la planète. Et c’est sans doute ainsi qu’il faut la regarder, non pas comme un souvenir du passé mais comme une mémoire du futur. Ça monte. On préfère ne pas regarder et se dire qu’au final chacun est responsable et comptable de sa propre situation.
La catastrophe qui vient par les eaux qui montent est sociale, sanitaire, politique. Avez-vous vu comment ces maisons pauvres où les poumons grincent soutiennent la colline et les maisons patriciennes qui sont en haut ? C’est toujours la même affaire, les bassins versants nous disent quelque chose des inégalités sociales, au plus haut, au plus bas, la circulation est politique. Et là, clairement, la parabole nous dit que contrairement à ce qu’on nous raconte, ce sont les pauvres qui soutiennent les riches et le ruissellement n’est pas ce que l’on croit.
Comment donc s’approprier cette catastrophe ? parce qu’à la fin il s’agit toujours de ça : être désapproprié.es de ce qui nous arrive est tellement banal aujourd’hui que nous sommes rendus à la fatalité du désastre. Alors non. Reprenons les choses par le début. Disons que ces maisons où l’eau monte sont notre commun. Un commun négatif, certes, mais un commun tout de même. Et qu’il nous revient d’habiter malgré tout, de lui donner un usage collectif, de ne pas renvoyer hypocritement la question aux habitantes et aux habitants de ces maisons auxquels il est proposé de s’adapter à de l’invivable.
Ces rez-de-chaussée peuvent devenir demain, si nous le voulons, la trame d’une aventure commune. Il y a plein de rez-de-chaussée sans usage, comme nous l’avons vu. Lançons donc aujourd’hui un appel à commun, un appel à usages. Il faudra bien faire quelque chose de ces fenêtres occultées et de ces portes barrées.
Il n’y a pas de lieu à Bruxelles où l’on prépare ce qui est déjà là, nulle part où l’on enquête sur ce qui vient, nulle part où l’on expose la catastrophe climatique, sociale, sanitaire, politique. Voici une rue entière. Prenons-là. Et notons la date : le 22 mars 2026. »
Paul Hermant
