Editorial Enfin, le retour au territoire concret

, par Dominique Nalpas

La période COVID a virtualité notre monde durablement. Combien de rencontres avons nous fait en visioconférence, combien de mails nous sommes nous échangés, de texto transmis ou reçus sans pouvoir nous rencontrer en présentiel - comme l’on dit aujourd’hui avec une sorte d’évidence -, concrètement, matériellement. Et cela en pleine contradiction avec les manifestations tellement matérielles, elles, de notre époque de dérèglement environnementaux de toutes sortes. Même l’eau ou surtout elle se rappelle à nous avec force de manière si parfois si brutalement matérielle et physique. Il n’y avait rien de virtuel dans les des inondations violentes de cet été 2021, à Bruxelles, en Belgique et partout dans le monde, où l’eau se rappelle à nous.

Ces manifestations liées au réchauffement climatique mais aussi à notre faible considération pour les « éléments » nous rappellent - bien au-delà du virtuel - à la nécessité du « retour à la terre », à la matière, à la prise en considération de ces éléments porteurs de vie. L’eau, est l’un de ces éléments oubliés par l’histoire de la ville, refoulée disons nous depuis si longtemps. Nous savons tous qu’il est temps de redonner une place à ces cycles dans l’urbain même et jusque dans la ville dense.

Après un long hiver dominé par le virtuel, un été du retour des éléments concret avec violence, nous pensons que cet automne sera celui du retour à nos préoccupations premières. Celui de la co-présence et de l’arpentage des chemins de l’eau et du paysage par la promenade, l’observation du territoire concret et la définition d’intentions réalisable pour transformer nos nos bassins versants solidaires bruxellois en lieu de vie. Prenons-en soin.

C’est à une véritable campagne de promenades d’exploration et de connaissance que nous convions nombre de Bruxellois.e.s. Cette construition prendra aussi des formes de cartographies de plusieurs types, dont le désormais fameux Map-it. Aujourd’hui ce sera plutôt sur les quantités d’eau. Demain ce sera plutôt sur sa qualité. Ce sera toujours en rapport au paysage et au climat.

Ce retour au concret de nos territoires, à leurs écologies et à celles de nos pratiques est un fait remarquable, observable un peu partout. Nous avons été en petite délégation (EGEB, Arkipel, Atelier Cartographique) à Marseille à l’invitation du Collectif des Gamarres (https://issuu.com/bureaudesguidesgr2013/docs/dossier_de_presse_collectif_gammares-3). Nous avons pu arpenter avec eux les pentes des quartier Nord de Marseille ou tente d’exister entre barres d’immeubles, friches industrielles et déserts, un ruisseau largement oublié, le ruisseau des Aygalades. La chance de ce ruisseau est de se transformer en cascade à l’un ou l’autre endroit devenu lieu d’attraction. Pour le Collectif des Gamarres qui tente de redonner une existence à ce ruisseau le long des 17 kilomètres de son parcours, ce n’est qu’une entrée en matière. Il s’agit aujourd’hui de penser bassin versant et donc territoire et habitant.e.s humain.e.s et non humain.e.s. L’expérience des Bruxellois.e.s et des cartographies leur semblait utile en la matière, d’où cette invitation.

Enfin, la notion de bassin versant solidaire n’est pas une invention seulement bruxelloise. Nous avons découvert en lisant le petit ouvrage publié à Marseille aux Editions Wildproject (https://wildproject.org/livres/les-veines-de-la-terre) intitulé « Veines de la terre » qu’il existe au Japon un comité d’habitant.e.s réunissant celles et ceux du haut de la montagne avec celles et ceux des côtes océaniques pouvant résoudre des problèmes complexes ensemble. On lira dans cette petite anthologie aussi que l’idée de solidarité entre bassins versants (solidaires) y fait son chemin. Nous pourrions bien en être parmi les instigateurs.