Point-Réseau-Territoire

Editorial d’avril 2026 - Pour un imaginaire social instituant

Nous sommes nombreux·euses à nous demander ce que va devenir ce monde qui va par-dessus tête, où les puissants dansent sur nos vies, un monde à la brutalisation croissante. Mais nous sommes aussi nombreux·euses à résister, à réinventer, à imaginer dans nos lieux de vie d’autres manières d’habiter, de co-habiter avec les vivants et, comme l’on dit sans trouver aisément d’autres formules, entre humains et non humains. La ville bruisse de ces actions aux voix multiples, parfois ténues, parfois plus virulentes, entendons sa rumeur qui parfois gronde, visualisons par la cartographie ses promesses.

Ces actions qui se jouent le plus souvent à l’échelle de la parcelle - comment voulez-vous faire autrement puisque tout est parcellisé, cadastré dans nos villes européennes ? - même modestes, agissent pour transformer, métamorphoser ces espaces et les extraire de la globalisation, pour les faire retourner à la Terre, atterrir dit-on aussi.

Nous nous souvenons de cet habitant transformant son petit jardin urbain clôt, mais à la pensée d’hydro-monde : “J’ai désimperméabilisé ma cour, pour en faire une mini-prairie avec une mare. En été c’est magnifique et j’en profite, mais je sais aussi que ce faisant je suis en lien de solidarité avec les gens plus bas dans la vallée qui seront un peu moins affectés par les eaux qui ruissellent depuis ma cour ou ma toiture” … Ce n’est pas rien ce détournement transformant le débit de fuite de sa gouttière qui va à l’égout en une ligne de fuite qui ouvre sur un monde commun, bien au-delà de sa parcelle.

Ce n’est pas rien ce détournement transformant le débit de fuite de sa gouttière qui va à l’égout en une ligne de fuite qui ouvre sur un monde commun, bien au-delà de sa parcelle

Nous ne pourrons pas, ici, faire le tour de tou·te·s les acteurices qui œuvrent à la transformation - métamorphose de nos environnements pour une ville qui retrouve sa géographie et son sol. On connaît nombre de jardiniers qui ont à coeur d’irriguer l’humus pour le rendre plus vivant tel une éponge, tout en agissant sur le cycle du carbone et en réduisant les ruissellements.

Il y a ces chercheurs de sources, qui les répertorient et veulent les sauvegarder. On se souviendra de cette source protégée par des comités voisins qui par leur action a permis d’en faire un nouveau petit ruisseau urbain qui pourra, bientôt peut-être, se jeter dans la Senne en ouvrant la voie à un droit au paysage se fichant bien du cadastre.

On ne peut pas ne pas nommer les stars actuelles que sont les marais en plein cœur d’une cité qui renoue avec son passé de zone humide.

On ne peut pas ne pas nommer les stars actuelles que sont les marais en plein cœur d’une cité qui renoue - peut-être - avec son passé de zone humide pour, avec le êtres vivants, créer une hydrologie régénérative. On ne peut pas ne pas considérer celles et ceux qui sont en lutte face à une bétonisation rampante, rompant toujours plus le cycle de l’eau, certains pour courir derrière un ballon rond, certes lucratif, mais comme le dit la chanson :

Ça ne vaut pas la peine
De laisser ceux qu’on aime
Pour aller faire tourner
Des ballons sur son nez
Ça fait rire les enfants
Ça dure jamais longtemps
Ça fait plus rire personne
Quand les enfants sont grands
ouh ouh ouh ouh ouh ouh
”.

Il ne faudrait pas que ce qui s’exprime avec une voix plus forte fasse oublier les oublié·e·s, les inondé·e·s, souvent sans voix et abandonné·e·s dans des voies sans issue. On en connaît. Alors des lieux de soutien émergent qui réclament d’autres soins envers les humains aussi, des lieux ou s’approprie collectivement la catastrophe. Il y aurait tant et tant à rajouter. Face à la sécheresse, à la chaleur, à la biodiversité, aux logements humides, aux questions de santé, la pollution de la Senne ou du canal et tout ce qui rompt les cycle du vivant… Tous ces lieux où des êtres demandent du soin face au changement climatique ou à un urbanisme débridé.

Tous ces lieux où des êtres demandent du soin face au changement climatique ou à un urbanisme débridé.

Ces lieux sont pleins de cette action terrestre se pensant à partir de leurs milieux. Tout est déjà là, dans ces mondes en devenir. Oui, mais tant de choses manquent encore dans nos environnements. Et c’est pourquoi il est nécessaire de faire des alliances en réseau, nous sommes tous et toutes tellement insuffisant·e·s, mais en capacité de nous relier et faire causes communes, dans nos bassins versants et au-delà !

Et certains demanderont "Et l’Etat dans tout cela ?" Il ne s’agit pas de le nier, mais nous en sommes devenus tellement dépendants ! Le risque de l’Etat est de faire oublier nos propres capacités à générer du social et de la vie, plus de distributivité à la source (commoning). Il peut re-distribuer pour plus d’égalité sans doute et dans certaines circonstances il pourra s’agir de s’allier à lui, ce qui nécessite un rapport d’existence - et donc d’exister au préalable - et de se doter d’une force diplomatique.

Cartographier nos actions, rendre visible les liens et faire monter en puissance un imaginaire social instituant pour des territoire de cohabitation

C’est pourquoi nous proposons de cartographier ces lieux, d’en faire des points à relier, des archipels en réseau afin de comprendre nos interdépendances. Faisons des réseaux d’entraide et d’échanges, d’intelligence collective et de production de sens en commun. Existant ensemble, nous pouvons devenir la promesse de l’instauration de nouveaux paysages, de nouveaux territoires de cohabitation (humains, non humains) et même de possibles co-production avec l’Etat, en bref, nous pouvons faire monter en puissance un imaginaire social instituant.

> Retrouvons nous le 25 avril pour aborder tout cela lors de la journée de rencontre, de pensée et d’action, Agir dans nos vallées aux devenirs solidaires.

> Retrouvons-nous également le 13 mai pour continuer à élaborer notre rapport vivant à l’eau et au vivant lors d’une rencontre avec Charlène Descollonges Eaux vives.