Première étape de l’enquête : Identifier les suspects Contextualisons un peu

, par Michel Bastin

Il existe bel et bien une problématique de la pollution des eaux de surface en temps de fortes pluies en région bruxelloise. Par temps d’averses, quand les égouts sont saturés, les eaux usées mêlées aux eaux pluviales se déversent dans le réseau hydrographique (le plus souvent dans la Senne) et, en amont inondent des quartiers situées en fond de vallée. [voir enquête Gray].

La gestion intégrée des eaux pluviales (GIEP) entend répondre au problème de saturation des égouts, et donc à prévenir la pollution des eaux de surface qui en résulte.

Cependant, ne risquent-elles pas elles aussi de contribuer à la diffusion de polluants ? Que faire lorsque le ruissellement sur les voiries et toitures est inévitable ? Les eaux pluviales, si elles sont « claires », emportent de fait sur leur passage des « traces » de pollutions présentes - même en faible teneur - dans l’air ou sur les surfaces urbaines (voiries, toitures). Quelle est l’ampleur de ce risque ? Et si l’ampleur est telle qu’elle doit nous préoccuper, entre gestion de la quantité des eaux de pluie de ruissellement et gestion de la qualité des eaux de surface, y a-t-il une place pour des techniques écosystémiques afin d’y pallier ?

Les types de polluants, leurs teneurs, l’évaluation des risques et le choix des techniques « douces » qui permettent d’y faire face, posent des questions scientifiques, techniques, économiques et écologiques que nous retrouverons tout au long de cette enquête.

Les polluants, entre sols et eaux

Voir aussi panneau 3 de l’exposition La phytoremédiation et qualité de l’eau, une affaire citoyenne ?

La pollution omniprésente

La pollution est partout. Elle est héritée de deux siècles au moins d’industrialisation. Les activités humaines, l’industrie, le trafic routier, les activités domestiques et tant d’autres, continuent à rejeter dans l’air, dans l’eau et dans le sol, des substances toxiques qui perturbent les cycles du vivant.

Le constat des dégâts écologiques générés par ces activités inspire diverses attitudes. Aux extrêmes, il y a le déni ou l’insouciance irresponsable d’une part, l’angoisse tétanisante de l’autre. L’ambition de restaurer les cycles de l’eau et du vivant en ville ne nous invite-t-elle pas à sortir d’une telle alternative infernale ?

Nous pensons en effet que la solution réside dans l’adoption d´une attitude pragmatique, qui admet l’existence du problème tout en ayant conscience qu´il est possible d’y répondre, au moins dans certaines situations, autrement que par des traitements industriels lourds.

Les prémisses de l’enquête

Nous nous intéressons donc spécifiquement aux eaux de ruissellement, aux eaux pluviales qui tombent sur la ville, sur les voiries, les toits, les jardins, etc. A celles qui, quand elles s’infiltrent vers les nappes souterraines, peuvent y amener des polluants ou être contaminées par des polluants présents dans le sol.

Le risque est avéré. Si les études à ce sujet se contredisent parfois, le constat global reste peu réjouissant ; néanmoins, nous y viendrons, il y a des réponses possibles.
Cette problématique spécifique nous met en relation avec trois éléments au moins : l’eau, le sol et les polluants. L’eau et le sol interagissent de multiples manières : l’eau s’infiltre dans le sol, elle les lessive, en entraînant vers les nappes souterraines certaines substances, etc. Mais tout d’abord, parlons des polluants. Qui sont-ils au juste ?

Quelles pollutions touchent-elles les eaux pluviales en zone urbaine ?

Nous pouvons distinguer, de façon générale quelques grandes « familles » de polluants, des eaux comme des sols :

  1. les métaux lourds : cadmium, plomb, fer, arsenic… présents à l’état de petites particules, de « traces ».
  2. divers composés chimiques dérivés du pétrole, résidus de combustion provenant des activités industrielles et urbaines (trafic, chauffage…) : huiles lourdes, solvants, etc.
  3. des composés liés à l’activité agricole : résidus de pesticides, d’engrais chimiques.

Ajoutons-y les sels de déneigement, l’amiante, les produits de dégraissage, des matières en suspension ainsi qu’un ensemble de phénomènes physiques et chimiques provoqués par les déséquilibres eux-mêmes générés par les pollutions : acidification, excès en azote ou en phosphore, une conductivité trop élevée, ...
 

NB : Nous n’abordons pas ici la question des eaux usées. Celles-ci aboutissent dans les égouts qui les acheminent vers les stations d’épuration. Elles ne contaminent donc pas les eaux de surface ni les nappes souterraines, du moins en temps normal. En temps de fortes averses, les égouts et les collecteurs surchargés débordent régulièrement. C’est alors un mélange peu ragoûtant d’eaux claires et d’eaux usées qui inonde les caves dans certains quartiers, et qui, via les déversoirs d’orage, aboutit directement dans la Senne ou le Canal.
 


Schéma Mikel Fernández García

Quelles pollutions sont-elles à craindre dans les eaux et les sols bruxellois ?

En région bruxelloise, les eaux pluviales sont a priori relativement propres

(1) - Cependant, elles sont impactées par le trafic routier : hydrocarbures, poussières, « éléments - traces » de métaux lourds dus à l’usure des pneus et les plaquettes de frein, etc.

(2) - Des eaux ainsi polluées s’écoulent vers les égouts, ou sont entraînées par les ruissellements

(3) – Certaines pollutions sont générées par les intrants agricoles (pesticides, engrais…)

(4) - Sans compter une influence probable de la pollution atmosphérique, des toitures…

Lien pour en savoir (un peu) plus :

« La phytoremédiation, ou comment soigner le sol par les plantes », brève note synthétique publiée par Maxime SCHEEPERS, ULG, 2016 - consultation, décembre 2021).