Troisième étape de l’enquête : Arbitrer Est- ce grave, Docteur ?

, par Michel Bastin

Quand on aura tiré des conclusions d’observations et de tests, et/ou les résultats d’analyses en laboratoire nous parviendront voir article précédent, et s’ils sont mauvais, vient le moment de se poser de nouvelles questions :

Quel est la résilience potentielle de l’écosystème auquel nous nous intéressons, à l’étang, au marais, au terrain où nous comptons cultiver fruits et légumes ? La réponse à cette question amène une nouvelle interrogation : faut-il intervenir et, si oui, de quelle manière ?

La pollution des sols

Nous l’avons déjà mentionné, le passé industriel de Bruxelles laisse penser qu’une grande partie des sols de la capitale sont pollués, en particulier dans les zones industrielles ou anciennement industrielles (nord de la région, zone du Canal, etc.).

Le travail mené par BE pour inventorier l’état des sols à Bruxelles est titanesque et des lacunes méthodologiques excluent plus de 80% des terres de la capitale de l’obligation de réaliser une étude de sol. Les 20% des parcelles inventoriées restantes ne font (et ne feront) pas toutes l’objet d’une analyse par un bureau d’étude agréé. Pour cela, il faut ce qu’on appelle un “fait générateur”. La liste des faits générant cette obligation figure dans l’Ordonnance “Sols”. Elle comprend, entre autres, le démarrage d’une activité à risque ou encore la vente du terrain. Lorsque l’on s’attarde sur les parcelles qui ont fait l’objet d’une première analyse (reconnaissance de l’état du sol) on remarque que la moitié sont suspectées d’être polluées. Après une analyse détaillée, on voit que moins de 1% des surfaces étudiées sont non polluées !

Un chiffre illustre bien tout le travail qu’il reste à faire : 1,5%. C’est la part de la surface totale de la région qui est reconnue comme polluée.

La chimie peut nous guider

Il est des substances toxiques, voire très toxiques pour la santé humaine

  • certains métaux lourds tels que le plomb, le cadmium, le mercure
  • certains hydrocarbures tels que les huiles aromatiques polycycliques….
  • les sels de déneigement, des produits phytosanitaires et bien d’autres encore…

Mais c’est plus complexe que cela encore.
A partir de quel seuil est-ce dangereux pour le vivant ? Le type et la concentration sont-ils les seuls critères de détermination de la dangerosité d’un polluant ?
Comme toujours dans l’étude des (éco)systèmes, la réponse n’est jamais simple et mobilise des compétences dans des disciplines variées. L’approche des inter-relations sol-polluant-plantes nous ainsi apprend que :

  • des polluants peuvent être contenus dans le sol et ne pas être absorbables par les plantes. On dit dans ce cas qu’ils ne sont pas « bio-disponibles ».
  • toutes les plantes n’absorbent pas les substances polluantes
  • toutes les parties d’une plante ne les accumulent pas à priori dans la même proportion (les fleurs, les fruits, les graines en contiennent peu ou pas du tout, les racines, tiges et feuilles bien davantage).

Par contre, si certaines plantes n’absorbent guère les polluants, d’autres les accumulent dans leurs tissus, ou contribuent à les immobiliser dans le sol, ou encore, dans le cas des hydrocarbures, à les dégrader, à les transformer donc en substances moins ou non toxiques. Et cela nous amène à la question de la phytoremédiation. Nous la détaillons dans l’article suivant.

La législation peut nous guider

Les acteurs qui en ont les moyens ou le secteur public recourent à des techniques industrielles d’assainissement des sols, in situ ou ex situ. Elles sont complexes et coûteuses en énergie, en main d’œuvre et ont un impact lourd sur le plan écologique. L’excavation puis le traitement thermiques, physico-chimiques ou d’oxydo-réduction donnent une terre débarrassée de ces polluants, certes, mais sans vie et donc moins à mène de rendre tous ses services écosystémiques.

En fonction des résultats des analyses, nous pourrions recourir à un « arbre de décision ».

En voici un que nous vous proposons :

  • soit on abandonne le projet, ou on estime que la situation est telle qu’il faut recourir à un traitement industriel, solution inabordable financièrement pour nombre d’acteurs
  • soit on recourt à des parades pour poursuivre le projet (exemple bien connu : cultiver en bacs, dans le cas d’un jardin collectif)
  • soit on estime que les circonstances permettent de recourir à des techniques alternatives, de basse intensité technologique, et qui font appel au potentiel de certaines plantes ou micro-organismes, c’est là que la bioremédiation intervient. Voir article suivant