Eaux pluviales, sols, pollutions ? - ch. 4 : arbitrer, décider

, par Michel Bastin, Nawal Ramy

Quand on aura tiré des conclusions d’observations et de tests, et/ou les résultats d’analyses en laboratoire nous parviendront ( voir article précédent), et s’ils sont mauvais, vient le moment de se poser de nouvelles questions :

Quel est la résilience potentielle de l’écosystème auquel nous nous intéressons, à l’étang, au marais, au terrain où nous comptons cultiver fruits et légumes ? La réponse à cette question amène une nouvelle interrogation : faut-il intervenir et, si oui, de quelle manière ?

La chimie, la biologie peuvent nous guider

Il est des substances toxiques, voire très toxiques pour la santé humaine :

  • certains métaux lourds tels que le plomb, le cadmium, le mercure
  • certains hydrocarbures tels que les huiles aromatiques polycycliques
  • les sels de déneigement, des produits phytosanitaires et bien d’autres encore.

Mais c’est plus complexe que cela encore.
A partir de quel seuil est-ce dangereux pour le vivant ? Le type et la concentration sont-ils les seuls critères de détermination de la dangerosité d’un polluant ?
Comme toujours dans l’étude des (éco)systèmes, la réponse n’est jamais simple et mobilise des compétences dans des disciplines variées. L’approche des inter-relations sol-polluant-végétal nous apprend ainsi que :

  • des polluants peuvent être contenus dans le sol et ne pas être absorbables par les plantes. On dit dans ce cas qu’ils ne sont pas « bio-disponibles » ;
  • toutes les plantes n’absorbent pas les substances polluantes ;
  • toutes les parties d’une plante ne les accumulent pas a priori dans la même proportion (les fleurs, les fruits, les graines en contiennent peu ou pas du tout, les racines, tiges et feuilles bien davantage).

Par contre, si certaines plantes n’absorbent guère les polluants, d’autres les accumulent dans leurs tissus, ou contribuent à les immobiliser dans le sol, ou encore à les dégrader, à les transformer donc en substances moins ou non toxiques. Elles sont donc utilisées pour traiter, soigner les sols - et les eaux. Nous y revenons plus loin.

La technique peut nous guider

Les acteurs - publics ou privés - qui en ont les moyens recourent à des techniques industrielles d’assainissement des sols, in situ ou ex situ. Elles sont complexes et coûteuses en énergie, en main d’œuvre et ont un impact lourd sur le plan écologique. L’excavation puis les traitements thermiques, physico-chimiques ou d’oxydo-réduction donnent une terre débarrassée de ces polluants, certes, mais sans vie et donc moins à mène de rendre tous ses services écosystémiques.

Donc, comment décider ?

En fonction des divers critères légaux, chimiques, biologiques, etc., vient le moment de décider :

  • Abandonne-t-on le projet, ou on estime que la situation est telle qu’il faut recourir à un traitement industriel, solution du reste inabordable financièrement pour nombre d’acteurs ?
  • Recourt-on à des parades pour poursuivre le projet (exemple bien connu : cultiver en bacs, dans le cas d’un jardin collectif) ?
  • Estime-t-on que les circonstances permettent de recourir à des techniques alternatives, de basse intensité technologique, et qui font appel au potentiel de certaines plantes ou micro-organismes - en bref, à faire appel à la phyto- ou à la bioremédiation. Voir ici.
     


La vie qui renaît sur un sol pollué
peut-elle aider à sa réparation ?
Il est permis de le penser
(Friche des Goujons, Anderlecht)

De comment on traite les sols pollués ?

Si nous nous intéressons principalement ici des eaux, on ne peut ignorer les pollutions des sols, et des procédés conventionnels (industriels) de décontamination.

Car, comme dit plus haut, eaux et sols interagissent de diverses façons.

Ces procédés sont de plusieurs ordre. On les distingue tout d’abord, selon qu’ils appliqués sur place , in situ ou que les terres polluées soient excavées afin d’être traitées dans des unités spéciales (ex situ).

Les plus radicales – et assez courantes - consistent a excaver les terres, et à les traiter en usine.
Par diverses technologies plus ou moins énergivores, thermiques (désorption, etc.) ou chimiques (oxydation, etc.). Parfois, les terres polluées sont simplement mises en décharge, sans traitement aucun. Outre leur coût financier, elles ont un coût environnemental conséquent (CO², etc.). En outre, si elles sont efficaces dans le sens où elles éliminent rapidement la pollution, elles produisent un sol dont toute vie est détruite, et qui, souvent finit en décharge. Leur avantage est de résoudre rapidement le problème… notamment là où la pression foncière est forte.

Une autre catégorie de solutions, pratiquées in situ recourent à divers procédés chimiques sont estimées efficaces par les expert-es du secteur, qui cependant ont aussi leur coût financier et environnemental.

Les eaux souterraines polluées font elles aussi l’objet de traitement conventionnels, qui consistent en des pompages afin d’être « traitées ».

Selon Bruxelles Environnement, « parmi les 23 techniques utilisées en Région bruxelloise, les plus courantes sont l’excavation de terres polluées, le pompage et le traitement d’eaux souterraines (pump and treat) ou une combinaison des deux techniques. Ces traitements ont été utilisés sur 72% des parcelles traitées (soit 1295 parcelles) entre 2005 et 2024. Ensuite, les techniques les plus courantes sont la bioremédiation stimulée et l’atténuation naturelle (utilisées sur 89 et 87 parcelles, respectivement). »

Nous revenons plus loin sur les différents procédés de phyto-remédiation. L’atténuation naturelle, quant à elle, consiste en gros à « laisser faire la nature » là où la phyto-remédiation relève plutôt de techniques agricoles/horticoles, puisqu’elles consistent à semer, à planter, à cultiver des espèces afin de dépolluer les sols.

Afin de nourrir une réflexion nuancée et riche sur les enjeux des sols vivants, pollués, de leur possible résilience, etc. renvoyons ici à un excellent dossier paru dans Imagine au printemps 2024

Autre référence, à écouter en ligne, cette conférence donnée en 2012 par JF Morel, professeur de l’université de Lorraine. Dresse de façon pédagogique un tableau assez complet de la question (cet entretien nous a servi de base à la rédaction de ces paragraphes - nous ne nous prononcerons pas en revanche sur ses conclusions, qui sortent du sujet que nous abordons ici).