Pour commencer, voilà qu’en cette rentrée nous évoquons la notion de “catastrophe”, tant celles qui sont passées que celles à venir en nous demandant d’une certaine manière “à qui appartient la catastrophe ?”. Cette question nous la poserons au cœur de la soirée de l’Agir poétique #1 “Après la pluie. Pour une appropriation collectivement la catastrophe”. Se demander cela, c’est nous inscrire dans une perspective, non pas catastrophiste, mais compréhensive de ce que ces temps troublés nous disent. Il ne s’agit pas de se sentir dépossédés de tout devenir, terrassés et coupables face à l’Apocalypse, mais concerné·e·s par ces grands enjeux planétaires qui trouvent toujours des actualisations locales avec des personnes et des milieux spécifiques plus touchés que d’autres. Nous sommes de ceux qui pensons que nous ne pouvons pas nous en désintéresser, qui ne pouvons pas ne pas être sensibles à ce qui pourrait à notre tour nous toucher aussi, à ce qui fait de nous des êtres reliés à la terre, au sol, à nos vallées, au vivant. C’est le moteur de cette poétique, celle du concernement qui ne se mesure pas - pas immédiatement - en comptabilité financière ou électorale, en statistique de risque et qui ne se traduit pas - en tout cas pas seulement - en mesures techniques, en regard de l’expert, mais en une sorte d’esthétique de la relation dont la mesure, elle, se situe au cœur de chacune de nos vies sensibles, de ce qui vaut pour nous, de ce qui a de l’importance.
Parler de la catastrophe ce n’est pas s’empêcher d’évaluer les risques
Et c’est pourquoi si nous parlons de la catastrophe dans une perspective philosophico-poétique cela ne nous empêchera pas avec Brusseau de mesurer les risques et notamment avec notre proposition de Grand Défi du Molenbeek qui vient se placer dans un parcours à la connotation moins immédiatement poétique que dans la perspective d’influencer politiquement l’étude Hydraulique de la Vallée du Molenbeek en cours. Cette étude ayant pour objectif de mesurer les risques de toute sorte : risques en termes d’inondation dans cette vallée, risque technique, risque en terme financier, risque en terme politique fort probablement (pour la classe politique)...
S’approprier collectivement la catastrophe, ce serait déjà d’une certaine manière mesurer collectivement l’ensemble de ces risques et d’en faire un débat collectif. La poétique de la chose, ce serait l’ouverture d’un imaginaire de gouvernance inédit à un collectif qui dépasse la seule sphère administravo-technique ou institutionnelle et politique, mais surtout qui puisse traduire cette mesure de risque en paysage sensible, en solidarité dans le bassin versant en formes coordonnées de l’action. C’est un peu le trajet inverse qui serait proposé par cette branche de l’éventail, par rapport à la proposition précédente. Cela devrait s’inscrire dans un débat sociétal plus large où les concerné·e·s, c’est-à-dire tous les habitant·e·s ou acteurs et actrices de la vallée du Molenbeek seraient incité·e·s à donner un avis, au moins sur le défi qui leur est proposé, mieux, à participer à la transformation de nos environnements pour plus de qualité de vie et de vie tout court dans une perspective, pour finir, d’appropriation collective de la catastrophe (on y revient)..
Coproduire la ville avec l’Amour du commun
Sur un plan mitoyen nous voulons rappeler la notion de coproduction de la ville d’initiative citoyenne pour plus d’égalité et de démocratie, projet de recherche auquel nous participons avec Fairville. Il s’agit certes d’une terminologie plus sociologique que poétique. Ce qui est au cœur de l’affaire ici, c’est le partage de la gouvernance, le partage du pouvoir selon des modalités qu’il nous faut définir. Mais si l’on veut bien comprendre l’importance de ce qui se joue au cœur de ce qui s’annonce comme des conflits aussi, c’est comme le disent nos amis activiste-poètes d’Alma Gare, c’est l’”Amour du commun”, c’est-à-dire là aussi l’appropriation collective et sensible de nos milieux de vie et de ceux qui y habitent [2].
La rue Gray subissant régulièrement les inondations (la catastrophe) fait l’objet de nombre d’attentions et c’est sur ce terrain que prend appui la recherche Fairville à Bruxelles qui soutient - avec d’autres - une enquête de très longue haleine Les inondations dans le rue Gray sont elles une fatalité ? sur le parcours patient des actions des habitant·e·s et organisations qui se "démènent" dans la vallée pour créer un rapport d’existence. On n’en est pas encore à l’Amour du commun. Mais cela pourrait venir.
La technique mais pas n’importe laquelle et quelle soit inclusive
Sur un axe prenant encore un angle différent dans ce qui élargit cet éventail, et donc selon nous nécessairement complémentaire, nous participons à la recherche Green Incsur l’inclusion des dispositifs de basse intensité technique, ceux qui se fondent sur la nature, face aux changements climatiques - cette affaire planétaire : inclusion de ces dispositifs dans la ville ; inclusion des habitant·e·s dont les plus démunis dans la définition de ces dispositifs. A cet égard merci de répondre au questionnaire d’enquête : Comment vous représentez-vous les solutions basées sur la nature ?
On ne se passera pas - même si c’est pour renaturer nos espaces urbains - d’artifices. Ici la poétique devient technique, mais pas n’importe quelle technique. Le chemin d’eau du Cognassier en est un exemple intéressant et dont le résultat ne manque pas de cette esthétique urbaine réhabilitant le vivant et une certaine spontanéité au cour de ce qui a voulu être la maîtrise (industrielle notamment). Pensons aussi au Marais Wiels, ou aux potagers spontanés et multi-culturels de la rue des Goujons et tant d’autres lieux qui métamorphosent nos regards.
Cartographions tout cela ensemble dans nos bassins versants solidaires
Enfin, nous ne terminerons pas ce parcours en éventail sans parler de ce qui pourrait donner une vision du tout, celui d’une cartographie de nos bassins versants solidaires. Nous lançons en effet un programme de rencontre (dans suite de la rencontre du 25 juin), sous-bassin versant par sous-bassin versant, pour y valoriser les initiatives citoyennes et reliantes dans les bassins versants pour plus de solidarité et… d’appropriation collective des catastrophes ? Nous nous donnons près de six mois pour réaliser cette boucle d’éventail qui prend des allures de saut périlleux. Merci de votre soutien.